Ecrivain #6

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Essuyée du revers de la main la buée: mes traits sont détendus. Il reste un tube de vitamine C, entamé aussi. J’en gobe une, on ne sait jamais. Parait que ça file un coup de fouet. Envie d’écrire, comme ça. Tripal. On sait jamais pourquoi ça vient. Un peu comme une envie de baiser: suffit d’un détail qui mette le feu aux poudres. Puis, ça fait au moins une semaine que je ne me suis plus assis, à mon bureau, prenant le temps. Aligner des mots, remettre de l’ordre.

Cuisine, je me prépare un café, fort. Avec une sucrette. Connement, j’ai écouté Claire: «tu devrais faire gaffe, ton ventre… Tu grossis». C’est pas complètement faux, je sens bien qu’attacher les boutons de mon jean révèle parfois certaines tensions. Et pas sexuelles. Je mange mal, je bois … Forcément.

Goût dégueulasse ces sucrettes, saturé. De toute façon, j’ai rien d’autre. Claire a tout remplacé dans les placards, et le frigo. Encore eu de la chance de tomber sur du comté, tantôt. Normalement, ça doit faire partie de la campagne talibane: ennemis de mon ventre plat, boutés dehors.

Ça devait.

Je crois que je vais aller faire des courses.

Premier acte de la rébellion post-Claire: acheter un max de vrai sucre. Que tu boufferais à même la boite, comme des bonbons, tiens.

Ce qu’on est con, et prêt à se laisser domestiquer, pour le cul d’une femme.

Rien ne t’obligeait. Si c’était juste pour son cul, tu pouvais la baiser chez elle. Pas besoin de vivre avec elle. T’étais amoureux. Tu l’es toujours.

Enfin, bref. Le café achève de me réveiller tout à fait, installation sur la chaise de bureau. Elle grince un peu sous mon poids.

Le reproche mobilier.

Appuyer sur le bouton pour quitter l’écran de veille, et les seins qui me sautent à nouveau au visage. Je les avais oubliés, ceux là. Une énigme à la fois. Va falloir enquêter, mais plus tard. A regret, je ferme la fenêtre, et ouvre le dossier «idées en vrac». Si je laisse ma boite mail accessible, faudra que je regarde encore ces petits nibards, puis je serais à l’affût, si elle envoyait autre chose.

Concentration, niveau fosses des Mariannes.

Je peux pas penser à elle. Ou… Me vient une idée tordue: qu’est ce qui me dit que c’est une nana? C’est peut être un mec. Comment je pourrais savoir. Un homme, une photo volée ou pas d’ailleurs, à une ex ou à une copine. Ca pourrait. Plausible. Si j’y ai pensé, c’est que le scénar est probable.

Arrête de mouliner, c’est que dalle. Que, queue, justement.

La question est pourquoi? Dans quel but un mec m’enverrait une photo aussi perso, sur ma boite mail privée, sans message, sans rien? Autant d’une nana, je comprendrai la démarche

Une de ces groupies conquises par ton charisme et ton incroyable sexualité transcendante.T’en fais trop, mec.

Je tape, sans m’en rendre compte vraiment. Les phrases s’écrivent un peu toutes seules, caduques, brutes. C’est ma méthode. Vide-poches. Coucher d’abord tout, en à-plat. Et puis, au fur et à mesure, reprendre le texte. Mettre du rythme, claquer, violenter les phrases. Les retourner complètement jusqu’à ce qu’elles ne soient plus qu’un brouillon né de mon inconscient, mais un truc mûr, maitrisé.

Ce qui est le plus dur: chaque mot, chaque lettre, chaque signe de ponctuation est minuté mais ça ne doit pas se sentir. Rien de plus dégueulasse que de lire ces écrivains branleurs de nouilles qu’on imagine le front plissé d’avoir voulu construire une phrase techniquement parfaite. Faut être nonchalant. Comme si.

Tu veux que les gens en te lisant crient au génie, parce qu’ils peuvent pas soupçonner le boulot qu’il y a derrière.

J’écris, nerveusement. Petit à petit, les doigts qui dérouillent, et je ne sais pas pourquoi: les événements de ces jours ci. Je fais jamais ça: toujours mettre de la distance entre moi et le roman. Les personnages de glaise, et ceux de la réalité. J’ai besoin d’écrire Claire. De raconter notre dernière dispute. C’était pas forcément une dispute d’ailleurs. Y a eu ce grand silence. Un truc qui vous tombe dessus. Chape de plomb. On était dans le canapé, elle pieds repliés sous elle, comme d’habitude. J’ai toujours eu du mal à concevoir comment elle pouvait trouver ce genre de pose confortable. Elle disait yoga. Moi qui suis raide comme…

Enfin raide. Pas toujours.

Je sirotais un whisky. Le quatrième, ou le cinquième, je ne sais plus trop. L’alcool avait fini de brûler mes papilles, je n’en percevais plus que le liquide chaud. Je me demandais quel effet ça faisait au juste, sur mes synapses: des images mêlées de planches de biologie et de dessin animé se déroulaient dans ma tête, une sorte de fantasmagorie alcoolisée et colorée. J’étais soul.

Elle lisait un bouquin, sorti récemment. D’un type que je hais: je l’ai croisé, souvent. Il fait partie aussi de l’écurie de Paul, on s’est retrouvés confrontés plus d’une fois. Front fuyant, cheveux rares, dents mal implantées: le type dont on comprend que des baffes dans la gueule, il a du en avoir son compte. Et pourtant, ça ne suffit pas à le rendre sympathique. Probablement que c’est à partir du moment où il parle que tout se complique: il a la voix la plus incroyablement sensuelle, torride presque, que j’aie jamais entendu pour un mec. La dichotomie entre son physique de rat, et cette voix qui pourrait servir de doublage à n’importe quel beau gosse amerloque. Perturbant.

Jalousie.

Bizarrement, il n’est même pas brillant quand il parle: insignifiant et presque aussi inconsistant que ses bouquins. Des trucs de développement personnel, genre de coaching. J’ai jamais compris pourquoi Paul passait son temps à publier ça. Il rétorque sans sourciller que c’est tendance.Les gens n’ont jamais été si paumés que maintenant. La littérature peut plus les aider: il leur faut des modes d’emplois. Et le Rat est là pour ça. Apparemment, même sur Claire ça marche. Suffit de voir comme elle est fascinée par ce qu’elle lit. Son sourcil gauche en accent circonflexe, bouche entrouverte. Sur son front, une petite goutte de sueur. La clim’ est cassée, et la chaleur est étouffante, mais elle refuse qu’on ouvre les fenêtres à cause de Galeux. Elle a la peur irraisonnable qu’aveugle, il ne saute sur un appui de fenêtre, et que calculant mal, il ne bascule. Cette petite perle salée, ça m’émeut. Envie de caresser. De la recueillir sur mon pouce, la goûter. Je tends la main, elle tressaute, s’interrompt dans sa lecture. Ses yeux gris plongent dans les miens. Je crois y lire du désir: sans doute le reflet du mien. Le désir nait de ce que l’autre vous veut, en général. Pourtant, là, mes reins vrillés, ma bite qui durcissent, ne doivent rien à personne, ni quoi que ce soit d’autre que cette goutte qui chemine.

Violente poussée électrique.

J’attrape son poignet, l’attire contre moi, glisse ma main dans son dos. Elle résiste, je crois au jeu. Je serre plus fort, mon autre main sur son cul. De sa main libre, elle me repousse. Ca m’excite: je sais que je devrais arrêter, mais je continue pourtant. Mes doigts glissent, entre l’élastique trop lâche de son jogging, puis sous sa culotte. Je suis sur la raie de ses fesses, je me sers de mes épaules pour la bloquer, elle est muette, seulement sa tête s’agite de droite à gauche, frénétique. Bandant comme un dingue, je glisse un doigt dans son cul, fermé, hostile. Je ne veux plus voir son visage, je ne veux plus que sentir la chaleur d’enfer autour de mes phalanges, m’introduire en elle, aller et venir. Mon pouce masse son clitoris, puis doucement écarte ses lèvres. Une tenaille. Mon index et mon pouce qui la pourfendent. Elle respire fort, ne dit toujours pas un mot. Sèche. Dure. Elle devient comme de la pierre. Elle ne résiste plus: elle n’est juste plus là, absente. D’un coup, ça me tue.

Je lâche mon emprise, dé serre ma main autour de son poignet. Elle en profite aussitôt: d’un bond, elle est debout, face à moi. Elle se rajuste, tant bien que mal. Sur sa joue blême, une trace mouillée. Elle a pleuré, je n’ai rien vu. Ses yeux plongent dans les miens: ce que j’y lis me terrifie. Rien. Le néant. Absolu. Comme si j’étais rayé de la carte.

C’est ce soir là. Elle a jeté en vrac dans un sac de sport quelques affaires, puis elle est partie. La porte dans un choc mat. Moi comme un con, les doigts plein de son odeur. Je les ai respiré longtemps encore après. Dans le noir.

Plaqué.

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